Le Quotidien d’Oran :05-10-2008
Moncef Wafi
Cette violence, ajoute l’auteur de la thèse «Vide social et violences urbaines» et quelle que soit son origine, semble, d’une manière générale, se définir par sa connotation urbaine et sa concentration sur certaines catégories de populations. Pour le Dr Soulimane, les jeunes de certains quartiers dits populaires sont soumis, de manière répétitive, à cette violence et en même temps qu’ils constituent les principaux acteurs de cette nouvelle délinquance d’exclusion, ils sont, également, les principales victimes des agressions. Les dernières statistiques fournies par les services de sécurité montrent clairement cette concentration de la violence dans les grandes métropoles algériennes. Alger, Oran ou encore Annaba, sont perpétuellement cités au hit-parade de la violence urbaine et les bilans sécuritaires renseignent volontiers sur la courbe ascendante prise par le phénomène, ces dernières années. En l’espace d’une semaine, et plus précisément la deuxième du dernier ramadhan, 860 affaires ont été enregistrées par les services de l’ordre public de la wilaya d’Alger, dans le cadre de la lutte contre la petite délinquance et la criminalité. Toujours côté chiffres, 118 personnes ont été déférées au parquet d’Alger, dont 34 ont été mises en détention provisoire à l’issue d’opérations de contrôle menées par les différents services de sûreté de la wilaya d’Alger, du 23 au 31 août 2008, à travers plusieurs points relevant du secteur d’Alger. L’autre constat à faire est cette proportion à la juvénilité de la violence. Ainsi et prenant en exemple Oran, le Dr Soulimane souligne l’importance de cette tendance qui trouve également sa pleine mesure dans les bilans des services de sécurité.
La juvénilité de la violence
«A Oran, comme dans la plupart des grandes villes du pays, nous enregistrons une augmentation singulière du taux de criminalité comme nous assistons à la prolifération de comportements considérés comme anormaux ou immoraux: alcoolisme, prostitution, jeux d’argent, vagabondage, vandalisme… Ces comportements inquiètent fortement et ce, d’autant qu’ils sont le fait d’individus de plus en plus jeunes. Des bandes de jeunes aux allures agressives multiplient, de jour comme de nuit, agressions, vols. Ce phénomène a pris des proportions quasiment incontrôlables et posent des problèmes épineux aux organismes chargés de la lutte contre ce phénomène dépassé par son ampleur.» Depuis le début de cette année, plus de 7.000 mineurs, dont 238 filles, ont été impliqués dans des affaires délictueuses à l’échelle nationale, à fin août 2008, selon les services de police. Le taux de mineurs impliqués dans des affaires délictueuses, au premier semestre 2008, a connu une augmentation de 10% en comparaison avec la même période de l’année 2007. Les infractions les plus répandues enregistrées durant le premier semestre 2008 portent sur les différentes formes de vol dans lesquelles 2.494 mineurs ont été impliqués, suivies des violences physiques (coups et blessures volontaires) commises par 1.381 mineurs. L’âge des enfants et adolescents mêlés à ces différentes infractions varie entre moins de 10 ans et 18 ans et la plupart des mineurs impliqués (3.054) sont inclus dans la tranche d’âges des 16-18 ans. 2.294 autres mineurs impliqués sont âgés entre 13 et 16 ans, 402 entre 10 et 13 ans et 86 ont moins de 10 ans. La délinquance féminine représente, quant à elle, seulement 3%. Le phénomène de délinquance se concentre particulièrement dans les grandes villes, Alger arrivant en tête des wilayas ayant enregistré le plus grand nombre de cas (571), suivie d’Oran (330), alors que Biskra vient en première position pour les wilayas du sud du pays avec 186 mineurs impliqués.
Aux premiers rangs des émeutes
Pour la commissaire principale chargée du bureau national de la protection de l’enfance et de la délinquance juvénile de la police judiciaire, Mme Messaoudène, les principales causes du phénomène résident dans les problèmes socio-économiques, d’une part, le silence du citoyen, le non-signalement d’actes de délinquance et la démission parentale envers les enfants constatée ces dernières années, d’autre part, ainsi que la perte des valeurs morales. Des causes et des conséquences qu’il faut rechercher au niveau des villes algériennes devenues de véritables foyers d’insécurité et de malvie, selon le Dr B. Soulimane qui estime qu’elles renvoient une image fidèle de la société algérienne. «Le brassage social à grande échelle, la paupérisation côtoyant la richesse aux origines douteuses de certains, la bidonvilisation, les inextricables problèmes d’eau et de transport, la démographie débridée créant une surpopulation dangereuse ont fait des villes le déversoir et le reflet de toutes les frustrations, de toutes les inégalités.» L’autre facette de la violence est cette tendance à s’exprimer à travers les émeutes. «En dehors de cette violence ordinaire qui caractérise la vie dans ces quartiers, la population juvénile se distingue, aussi, par des actes de violence et de destructions. Ces actes ciblent, d’une manière générale, les forces de l’ordre (police, gendarmerie) et les édifices publics (mairies, postes, commissariats). Ces manifestations sont, aujourd’hui, les moyens de pression utilisés pour obliger les autorités à régler un problème», ajoute encore le Dr Soulimane. Ce dernier évoque, plus loin, une véritable «sous culture» de la violence qui semble s’être développée dans les quartiers populaires pour, de temps à autre, envahir les «centres-villes». Une sous culture qualifiée d’«adolescente» tout en tentant de structurer la vie des groupes mais qui génère des comportements qui vont du pillage, lors des émeutes, à l’agression collective. «D’une façon ou d’une autre, il s’agit d’une violence constitutive de comportements qui sont d’abord sociaux et collectifs et rarement ceux d’individus isolés.» En absence d’une représentativité de l’autorité étatique sur le terrain, de la carence de dialogue avec les autorités, doublées de l’incapacité de ces dernières à prendre en charge les besoins nombreux et divers des populations en matière d’attentes sociales, un climat de suspicion et de contestation se forme avec, souvent, à l’origine des mutineries au cours desquelles les jeunes sont au premier rang.
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