Entre habitués et détracteurs : « Souk L’arbâa », ou les effets collatéraux d’un marché
par Soumeya Chabane (Quotidien d’Oran)
C’est un festival de couleurs et d’odeurs qui accueille les passants, chaque semaine à Maraval, pour le fameux marché du mercredi, « Souk L’arbâa ». Il fut un temps où l’on dénombrait de nombreux marchés de ce genre, tous aussi grands, quasiment un par jour de la semaine. Chaque quartier avait son grand marché. Mais petit à petit, ceux-ci ont disparu ou ont perdu de l’ampleur. Ce qui explique peut-être la surcharge que connaît « Souk L’arbâa ».
En franchissant le « seuil » du marché, vous entrez dans un autre monde. Un peu comme dans une caverne d’Ali Baba, qui regorge de merveilles en tous genres. On ne peut pas repartir sans avoir acheté une bricole que l’on n’avait pas prévue ! Dépensiers, s’abstenir ! Certains y viennent même sans but précis, juste pour regarder, se promener, et pourquoi pas se laisser tenter.
En arrivant sur les lieux, on est frappé par la diversité des articles vendus, mais aussi -et surtout- par le nombre incroyable de vendeurs. Qui peut dire combien il y en a ? Le défi est de faire le tour du marché en une matinée ! Mieux vaut venir tôt, pour éviter la foule, et la chaleur. Dès 9 heures, c’est sous un soleil de plomb qu’il faudra affronter les myriades de vendeurs.
Pas un brin d’ombre ne vient rafraîchir cette atmosphère étouffante. Et les femmes, ce sont surtout elles qui font les courses, se bousculent pour être sûres de ne pas manquer une bonne affaire ! Des clients de toutes origines sociales se mélangent, des plus modestes aux plus aisés, même si certains auront plus de mal à l’avouer. Pour un sociologue, c’est un bon échantillon de la population.
Dès les premiers pas, on est marqué par cette diversité, les vendeurs de poissons côtoient les vendeurs d’articles ménagers, les vendeurs de vêtements, de jouets pour enfants. On peut même trouver de la laine de mouton et des plantes vertes! Il serait intéressant de surplomber le marché en avion pour avoir une vue du ciel, ce serait alors un arc-en-ciel de couleurs à nos pieds; l’ocre des épices, le rouge des tomates, le vert des salades… C’est cette variété qui fait toute la richesse de ce marché, toutes les différentes senteurs. Tous ces parfums qui attirent, tout paraît si bon, tout fait envie et on voudrait tout acheter. Il y a les bonnes odeurs, quand on passe près du vendeur d’épices, et les moins bonnes lorsqu’il s’agit de viandes ou de poissons.
En plus des odeurs, les bruits sont typiques. Vous entendez le marché bien avant d’y être arrivé. Les uns, qui ventent les mérites de leur poisson, de sa fraîcheur et de son prix défiant toute concurrence. « Sardina, véritable! », scandent les poissonniers, presque improvisés, tant leur matériel est « archaïque ». Pas de camion frigorifique, pas de garantie de fraîcheur. Mais après tout, comme on dit, un peu de microbes ça n’a jamais fait de mal ! Si l’on passe outre les quelques heures que le poisson aura passé en plein soleil, sans glace, cela laisse la possibilité aux plus modestes d’en consommer aussi. Et, il faut dire que la consommation de viande augmente pendant ce mois sacré. C’est la même chose pour la viande. Avec tout de même une petite différence, vous pouvez achetez votre viande vivante ! Si vous souhaitez gardez votre poulet quelques jours à la maison avant de le consommer -histoire qu’il réveille les voisins à l’aube- vous le trouverez vivant, à des prix tout à fait raisonnables. Le poulet « vivant » est nettement moins cher, que chez un boucher « traditionnel ». Avec des prix variant selon la taille de la bête, vous vous en sortez pour 400 dinars la volaille de près de 4 kg, contre un peu plus de 200 dinars pour un seul kilo de poulet déjà égorgé. Et pour les âmes sensibles, un service d’abattage est présent sur place. On propose également de plumer votre bête, pour à peine 20 dinars, à l’aide d’une machine tout à fait originale, sinon bruyante. Cette scène pourrait paraître folklorique à toute personne non initiée !
Du bruit, ils en font aussi les bonimenteurs qui attirent les foules à l’aide de leur haut-parleur. Le plus souvent, ils font la promotion de produits ménagers, espérant couvrir les voix des vendeurs aux alentours. Que serait un marché sans ces fameux vendeurs à la criée ?
Le marché est séparé, fictivement, en « quartiers ». Un espace pour les légumes et autres produits frais, le fameux espace « volailles », un espace pour les vêtements et tissus. C’est ici même que se trouve un coin réservé à la friperie. La fripe est en plein essor, les vendeurs de « vieux » se multiplient en même temps que la clientèle. Ils achètent en gros chez des importateurs bien installés, à des prix cassés, des vêtements, des chaussures, des draps, des serviettes déjà utilisés, mais en bon état, et les revendent à bas prix. Ainsi trouve-t-on des pantalons ou des pulls à 10 ou 50 dinars, rarement plus. Les étals ne désemplissent pas, les gens font même la queue devant certains en attendant qu’ils ouvrent leurs ballots de vêtements, une rumeur circulant parmi la foule agglutinée : « Que vend-il ? », « Je crois que ce sont des pantalons, ça vient d’Italie ». Et c’est la cohue quand, enfin, le vendeur a réussi à extirper les vêtements de leur cageot. La réalité est moins drôle, cet attrait pour la fripe traduit une nette baisse du pouvoir d’achat des consommateurs qui, non contents d’acheter des produits neufs déjà à prix bradés- préfèrent réaliser une plus grande économie en achetant encore moins cher dans les friperies. Tout ce qui peut permettre un peu d’économie est le bienvenu. Il faut noter, cependant, que ce sont surtout les adultes qui achètent dans les friperies. Les jeunes ne veulent pas « porter des vêtements qui ont déjà servi à quelqu’un d’autre. Et puis, on ne trouve pas de truc à la mode ! », confie une jeune fille qui, résignée, suit sa mère à travers les étalages de fripes. L’esthétique avant tout ! Un autre adolescent nous raconte sa mésaventure : « un jour, ma mère m’a ramené un pantalon de la fripe, il me plaisait bien mais je ne voulais pas lui avouer ! Finalement je l’ai porté, mais je me suis bien gardé de dire d’où il venait. J’ai dit à mes amis que je l’avais acheté dans un magasin en ville ! ». Le phénomène de la fripe n’est pas nouveau, mais il avait perdu en intensité ces dernières années, le voilà revenu à la charge.
Chaque semaine, c’est le même rituel qui se met en place, dès l’aube. Ce que l’on oublie souvent, c’est que des gens habitent le quartier. Ils sont bien contents que le marché ne se tient qu’une fois par semaine. Le seul avantage selon une habitante « c’est que je n’ai pas à aller loin pour faire mes courses ». Le gros problème, raconte-t-elle, « c’est que malgré la venue du service de nettoyage, les rues restent sales pendant un moment après le marché ». Il y a un tel désordre que le rétablissement est long. Sans compter le bruit qu’ils doivent supporter tous les mercredis.
Les commerçants du coin ne se plaignent pas, au lieu de leur voler leur clientèle, le marché, qui draine du monde, ramène de nouveaux clients, « des gens qui ne sont pas du quartier », affirme un commerçant bordant le marché. Mais surtout, la perte de clients due au marché est minime, car « ce ne sont pas les mêmes personnes qui achètent sur le marché et qui achètent au magasin », continue-t-il.
Le marché de Maraval semble encore avoir de longues heures devant lui, malgré les critiques, malgré les gens qui n’aiment pas aller au marché, il connaît une fréquentation record, et une diversité incroyable.
La colère gronde à Maraval, et plus particulièrement à la cité , où a lieu chaque semaine le fameux marché hebdomadaire, « Souk L’arbaâ ». Chaque semaine, les habitants sont confrontés aux mêmes problèmes, sans qu’aucune solution ne leur soit proposée. Le marché draine du monde, et fait inévitablement des mécontents. Pour les résidents, le désagrément le plus important est la saleté.
Outre les centaines de clients qui viennent y faire leurs courses, un nombre incroyable de vendeurs prennent place au centre de la cité et ses alentours, laissant ensuite traîner leurs ordures. On y trouve de tout, des sacs en plastique, des cartons, et même des restes de viande et de poisson, qui ont largement le temps de pourrir au soleil avant la venue des agents de nettoyage. Le quartier est méconnaissable, et les odeurs irrespirables. Le service de nettoyage, dans un quartier qui abrite un tel marché, devrait être accru et intervenir immédiatement après le départ des vendeurs, de manière à ce que les lieux restent propres.
C’est loin d’être leur seul motif de plainte, « il y a également un gros problème de circulation », grogne un habitant du quartier. Effectivement, la circulation automobile est totalement bloquée.
Et notre interlocuteur d’ajouter que « si un feu se déclenche, si quelqu’un fait un malaise, aucun véhicule de secours ne parviendra à atteindre les lieux ».
C’est un message de détresse que les habitants de cette cité veulent faire parvenir aux autorités compétentes, dans l’espoir qu’une solution soit enfin trouvée aux problèmes liés à un marché qu’ils qualifient de « moyenâgeux ».
La question qu’ils se posent, et qu’ils posent aux autorités locales, est de savoir si une ville comme Oran, deuxième ville d’Algérie, a besoin d’un tel marché ? Un marché qui, selon eux, ne donne pas une bonne image de la ville.
Archivé sous: Urbanisme, commerce agressif, insalubrité

il est bien ton article ! soumeya
je suis un habitant de maraval et j’habite les bâtiment des enseignant je travaille et mon jours de repos est parfois le mercredi et g un sérieux problème avec le vendeur de CD car il mets une chanson par souk et il la met en boucle et sa nous agace d’entendre le même air toute la matinée et venez vérifiez par vous mêmes c’est ” une technique de torture a l’ancienne ” en bref sa genne impe