Drogue: «Il n’y a pas d’affaire Zendjabil»

novembre 4, 2006 à 6:53 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

Le procureur général de la cour d’Oran au Jour d’Algérie :
«Il n’y a pas d’affaire Zendjabil»

Le Jour d’Algérie : 4 novembre 2006
Par M. Abi

Rencontré, lundi dernier, à la cour d’Oran, le procureur général près cette cour nous dira que «pour nous, l’affaire Zendjabil n’existe pas». «Nous n’avons aucun dossier sur cette affaire, absolument aucun», ajoute-t-il.
De notre envoyé spécial à Oran : Par contre, «l’instruction judiciaire sur l’affaire du trafic dans le foncier agricole, dans la wilaya d’Oran, avance bien», nous dit-il, manière à lui de laisser entendre que les vrais scandales ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Le procureur général étant catégorique dans sa réponse, il est difficile de croire qu’une affaire d’une telle ampleur puisse exister sans qu’un dossier judiciaire ne soit ouvert au niveau de cette cour, territorialement compétente pour, du moins, participer à une éventuelle instruction judiciaire sur les accusations dont Kada Hezil est l’auteur. Ceci dit, il faut noter que ces accusations ne constituent pas une «nouveauté» puisque cet ex-DAS de la wilaya d’Oran avait déjà comparu devant la justice, en 2002, pour ces mêmes accusations et qu’il a été condamné pour «diffamation». A la veille du procès en appel de l’affaire de Bachir Frik, ex-wali d’Oran, une certaine «effervescence» s’empare, depuis quelque temps, de la scène politique locale de la wilaya d’Oran, sur fond de «révélations» sur l’affaire Zendjabil, «baron de la drogue». Rencontré à Oran, mardi dernier, Kada Hezil, l’auteur des «révélations» sur les «ramifications du trafic de drogue» dans cette wilaya, maintient ses accusations contenues dans des correspondances adressées à des hauts responsables, dont le président de la République. «Pourquoi être revenu à la charge, quatre années plus tard» ? Telle était notre question à Kada Hezil. «Je n’ai jamais cessé de prononcer ces propos, même de ma cellule où j’ai passé quatre années, d’où j’adressais des correspondances à de hauts responsables, dont le président de la République», nous répond-il. «Vous êtes sorti de prison à quelle date» ?, l’avons-nous interrogé. «En 2005», nous dit-il. L’information selon laquelle Zendjabil se serait rendu à la première Région militaire, il y a quelques mois, pour bénéficier des dispositions de la charte pour la paix et la réconciliation nationale aurait-elle «motivé» cet ex-DAS pour relancer ces accusations ? «Non», nous dit-il, ajoutant que «je n’ai jamais cessé d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les ramifications de ce réseau de trafic de drogue».
Hezil : «Je n’ai pas de preuves …»
«Bachir Frik est victime du cartel de la drogue à Oran. Il avait été accusé des chefs d’inculpation retenus contre lui, parce que le cartel dirigé par d’anciens hauts responsables dans la wilaya d’Oran considéraient qu’il me soutenait dans mes dénonciations», nous dit-il. Cet ex-directeur de l’action sociale (DAS) à Oran nous a remis des copies desdites correspondances (reprises par la presse), en nous disant que «le cartel que j’ai dénoncé constitue un véritable lobby qui a réussi à obtenir le limogeage de deux hauts responsables avec lesquels j’enquêtais sur le trafic de la drogue venant du Maroc et acheminée vers des wilayas de l’ouest et de l’est du pays, ainsi que vers l’Espagne, la France et l’Italie». Et d’ajouter, «Bachir Frik a été incarcéré le 15/01/2002, il a été une victime dans le sillage de mon affaire. Sans ma dénonciation du dossier de la drogue, il n’aurait jamais été inquiété, ils l’ont soupçonné d’être de connivence avec moi dans la formalisation de l’affaire du réseau de trafic international de drogue. Alors qu’il n’a rien à voir avec moi. Je ne l’ai plus revu depuis sa mutation à Annaba en juillet 1997», écrit Kada Hezil dans une correspondance adréssée, comme pour défendre cet ex-wali condamné, poursuivi en justice, mais qui est à la veille de son procès en appel. La défense de l’ex-wali d’Oran par cette ex-DAS de cette wilaya est plus manifeste lorsqu’il écrit concernant Bachir Frik, : «Peut-être qu’il a gêné le lobby de la drogue durant son passage à Oran (1994/1997)». A l’époque je ne m’intéressais pas à cette question».
Le retour de Bachir Frik
Kada Hezil écrira dans ses correspondances : «Je respecte beaucoup ce haut fonctionnaire de l’Etat qui a fait beaucoup de réalisations pour Oran, entre autres : 6 000 logements, 17 lycées, 16 CEM et 1100 classes». Pourquoi citer ces réalisations dans une affaire de dénonciation de «trafic de drogue». Vérité ? Tentative de blanchir cet ex-wali à la veille du procès en appel de ce dernier ? Nous avons posé la question à Kada Hezil pour savoir si ces accusations sont basées sur des preuves concrètes, des rapports des services de sécurité ou de documents de la justice. «Je me base sur un travail d’investigations que j’ai mené personnellement», nous répond-il. Autrement dit, aucune preuve concrète. Kada Hezil nous remet, toutefois, une copie d’un télex, daté du 12 mai 2001, adressé par l’inspecteur principal des brigades des douanes d’Oran au chef de l’inspection divisionnaire des douanes d’Oran dans lequel il est fait état de la découverte, par un scanner anti-drogue, de «traces de la présence de «cocaïne» sur différents points d’une remorque frigorifique. Cependant, la visite effectuée n’a pas permis la constatation physique des produits ci-dessus énumérés» mais «le mis en cause a été remis au service de police (du) port d’Oran contre décharge».
Selon lui, ce télex a été un des points de départ des «investigations» qu’il a menées par Kada Hezil. Le reste sont des «recoupements», nous dit-il. Des recoupements qui, toutefois, portent de graves accusations contre d’anciens hauts responsables de cette wilaya qui seraient, selon lui, les «parrains» de Zendjabil qui ne serait, ajoute Kada Hezil, qu’un «exécutant».

Ghorzi confirme l’implication des chefs de l’armée

octobre 25, 2006 à 9:15 | Publié dans Affaire Zendjabil, Mépris des responsables | Laisser un commentaire

Algeria-Watch, 25 octobre 2006
Djamaledine Benchenouf

Le quotidien El Watan, dans un article du 23 octobre, signé par Salima Tlemcani, rapporte la déclaration de l’ancien Chef de Sûreté de Wilaya d’Oran, Belabbes GHORZI, selon laquelle « une instruction d’une autorité sécuritaire a été donnée afin de faciliter le traitement du dossier de passeport de Ahmed Zendjabil, dans les plus brefs délais ».
Monsieur Ghorzi, précisera par ailleurs à la journaliste que « Ahmed Zendjabil était connu comme étant un indicateur de cette même autorité et que cette information a même été notée dans son dossier à l’époque ».
Ces propos qui semblent tout à fait anodins, sont pourtant, dans la bouche de celui qui a été le Chef de Sûreté le plus puissant du pays, un aveu retentissant de l’implication des autorités sécuritaires dans l’affaire Zendjabil. Il faut savoir que l’enquête de police pour la délivrance de passeports est particulièrement pointilleuse et qu’il est impossible qu’elle puisse aboutir favorablement pour un profil du genre de Zendjabil, même en sa qualité d’indicateur. La seule possibilité de rendre la chose possible est que Zendjabil soit l’indicateur d’une très haute autorité sécuritaire. Comme Ghorzi est la plus haute autorité de la Police dans la Wilaya d’Oran, l’instruction ne pouvait donc venir que de l’Armée. Or dans une situation où le demandeur est fiché au rouge, seuls le Général Major de la 2ème Région Militaire où le plus haut responsable du DRS régional, ou les deux en même temps, peuvent contourner l’avis défavorable.
Or, malgré la cacophonie médiatique qui a été entretenue autour de l’affaire Zendjabil, à dessein et pour occulter l’essentiel, nous savons que ce dernier n’a pas été arrêté, mais qu’il s’est rendu à la Justice et qu’il a demandé à bénéficier des dispositions de la Loi sur la réconciliation nationale. Il a déclaré, en présence de ses avocats, qu’il finançait des groupes terroristes et qu’il agissait pour le compte d’ « autorités sécuritaires ».
Jusque là, sous le prétexte du secret de l’instruction, aucune information officielle n’a filtré sur cette affaire. Mais la déclaration de M. Ghorzi, l’une des personnalités impliquées, vient confirmer, sans aucune ambiguïté, que Zendjabil était la créature des plus hautes autorités sécuritaires de l’Armée. Pour l’opinion publique de l’Ouest de l’Algérie, ceci est un secret de polichinelle. Tout le monde savait, depuis des années, que les vrais « Pablo Escobar » algériens étaient des généraux majors, des généraux et des colonels de l’armée algérienne et que Zendjabil n’était que l’un de leurs nombreux fondés de pouvoir. Beaucoup de gens savaient aussi, je l’avais signalé dans un article en 2003 dans le journal « Liberté », que les services de sécurité sont la cheville ouvrière du trafic et qu’ils collaboraient activement avec des groupes terroristes. Tout le monde savait par ailleurs que les groupes terroristes et les milices qui s’attaquaient à la population, comme lors du carnage, entre autres, de Meknesa, ou du douar de Had Chekala, le faisaient sur commande des « autorités sécuritaires » et par l’intermédiaire de ceux qui transmettaient les instructions et qui fournissaient la logistique, comme M.Zenjabil. Entre autres.
Pour tous ceux qui n’avaient pas connaissance de ces sombres affaires ou qui ne parvenaient pas à se convaincre que des responsables aux plus hauts sommets de l’ « Institution » puissent se livrer impunément à de telles pratiques, la déclaration de M. Ghorzi sur cette affaire Zendjabil, au quotidien El Watan, est un témoignage dont il sera difficile de ne pas tenir compte. D’autant que ce monsieur, qui est de l’autre côté de la barricade et qui ne peut pas être suspecté de faire de la propagande aux islamistes, s’est particulièrement et pendant des années, distingué dans une guerre sans règles et sans merci contre le « terrorisme islamiste »Et qu’on ne vienne pas encore nous dire, pour justifier la monstruosité de ces criminels, qu’ « on ne fait pas de guerre avec des gants blancs ! »
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WW: “Zendjabil était la créature des plus hautes autorités sécuritaires de l’Armée”. Oran pleure son destin… Avec les la lâcheté de ses élus, Oran est abandonnée aux bêtes immondes.

Drogue: Ghorzi dévoile, Kouadri menace

octobre 23, 2006 à 6:09 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

El Watan : 23 0ctobre 2006
Salima Tlemçani

Deux anciens responsables incriminés dans l’affaire du grand trafiquant de drogue, Ahmed Zendjabil, ont été, pour l’instant, les seuls à avoir réagi à l’enquête parue sur les colonnes d’El Watan, le 18 octobre.
Le premier est l’ex-chef de la Sûreté de wilaya d’Oran, Belabbes Ghorzi qui, dans une mise au point publiée par El Watan, a affirmé que le passeport détenu par Zendjabil « lui a été délivré » en 1997, sur instruction « d’une autorité sécuritaire afin de faciliter le traitement du dossier dans un bref délai ». M. Ghorzi a précisé, par ailleurs, que Ahmed Zendjabil « était connu comme étant un indicateur de cette même autorité. Cette information a été même notée dans son dossier à l’époque ». L’ex-divisionnaire a noté que le baron ne pouvait quitter le pays grâce au visa établi durant cette période parce qu’il avait expiré une année avant, en mai 1999, date à laquelle le mandat d’arrêt a été délivré à son encontre. Si M. Ghorzi a apporté des clarifications à l’opinion publique sur les complicités dont bénéficiait Zendjabil, l’ex-wali d’Oran, Mustapha Kouadri, dont le nom a été largement cité, a plutôt versé dans des propos qui n’ont aucun lien avec l’affaire. Dans une lettre adressée à la rédaction, Mustapha Kouadri a déclaré : « Je m’inscris en faux contre tous les propos rapportés par la journaliste, sur la foi de déclarations commises par des personnes qui se déclarent elles-mêmes voyous, délinquants, et au ban de la société et par conséquent, je démens catégoriquement toutes les informations. » M. Kouadri a précisé n’avoir « jamais et à aucun moment de ma vie connu ou rencontré le nommé Zendjabil et les autres personnes citées, encore moins le recevoir dans ma « villa » dont j’ignore l’adresse. Ceci relève, pour ma part, de la pure fiction. D’ailleurs, ni mes origines et ma morale, ni mon éducation et ma culture et mieux, mon statut au sein de l’Etat ne me permettent de fréquenter de tels personnages, quand bien même ils seraient natifs de la même ville que moi. » A propos des transactions immobilières et foncières, M. Kouadri n’a apporté aucun argument pouvant expliquer à l’opinion publique les circonstances des affectations des domaines de l’Etat à des barons de la drogue. Il a déclaré : « Les allégations mensongères rapportées par votre journaliste selon lesquelles j’aurais attribué des terrains et autres biens immobiliers aux personnes incriminées sont sans fondement au motif que ces attributions constituent des droits réels immobiliers constatés par actes authentiques. » « A ce propos, je confirme que durant les cinq années passées à la tête de la wilaya d’Oran, aucune attribution n’a été opérée par mes soins pour la simple raison que le portefeuille foncier a été totalement dilapidé avant ma venue et dont les bénéficiaires illégaux ne sont autres que mes propres détracteurs. » Kouadri veut visiblement jeter la pierre sur Bachir Frik, actuellement condamné à 10 ans de prison, et dont le pourvoi en cassation près la Cour suprême vient d’être accepté ; l’ex-wali a raté l’occasion de lever le voile sur l’énigme Zendjabil en préférant se cacher derrière l’insulte qui a caractérisé la mise au point adressée au journal avec comme conclusion des menaces de recours à la justice.

Trafic de drogue à L’ouest du pays

octobre 19, 2006 à 2:38 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

Révélations sur le cartel d’Oran

El watan: 18-10-2006

Par Salima Tlemçani

Considéré comme étant le plus grand baron de la drogue de l’Oranie, Ahmed Zendjabil, surnommé Echelfaoui, en référence à son lieu de naissance (Chlef), est devenu une énigme pour l’opinion publique.
Les informations qu’il détient vont provoquer un véritable séisme dans le milieu de la pègre à Oran, mais aussi au sein des plus hautes sphères dirigeantes de la région. Au moment où le terrorisme battait son plein dans la capitale de l’Ouest, durant les années 1990, un véritable cartel de la drogue, avec ses hommes armés et ses protecteurs officiels, s’est constitué et brassait des milliards de dinars en prenant en charge tous les réseaux de convoyage de la résine de cannabis, du Maroc, pays producteur, vers l’Europe, le Moyen-Orient et bien sûr laissant au passage des quantités de plus en plus importantes dans le marché algérien. Zendjabil agissait en maître, du fait de la protection dont il bénéficiait de la part de certains hauts responsables avec lesquels il partageait le fruit de son activité criminelle. « Ahmed ne partira pas seul en prison » , a déclaré son frère, dit Kojac, à un de ses proches. Pour l’opinion publique oranaise, Zendjabil n’était qu’une marionnette entre les mains de certains hauts responsables. Pour la petite histoire, en 1999 et alors qu’il était activement recherché, Zendjabil a introduit une demande de visa auprès du consulat d’Espagne accompagnée d’une recommandation écrite du chef de sûreté de wilaya de l’époque. Il a réussi à quitter le pays sans aucun problème pour se réfugier quelque temps en Espagne avant de retourner au pays. Les témoignages de certains de ses proches, ceux qui l’ont connu ou travaillé pour lui sur place à Oran, ont permis de mettre la lumière sur ce qui n’était que la face apparente de l’iceberg. A signaler, néanmoins, que de nombreuses personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenues ont exigé que leurs noms ne soient pas divulgués par peur des représailles. « La ville d’Oran est toujours sous l’emprise de la peur des années du terrorisme, ce grand parapluie sous lequel tout peut être dissimulé » , nous dit-on à chaque fois. Pour Mohamed, la cinquantaine, ayant connu Zendjabil lorsqu’il s’adonnait au trafic de véhicules et de papiers à Chlef, durant les années 1980, ce dernier est venu à Oran entre 1986 et 1987. « Je me rappelle très bien lorsqu’il s’est enfuit de Chlef, où il a été condamné par défaut à une lourde peine pour trafic de véhicules et de papiers. Il est venu à bord d’une 204 blanche, avec un certain Selham de Gdyel, expulsé de France pour trafic de drogue. Ce dernier l’a introduit à Arzew et lui a permis de louer un F4 où il recevait à l’époque Pascal, de son vrai nom Arabat Ziane Abdelkader, un grand baron de la drogue actuellement en fuite…. ».
ANOMALIE AU PARQUET DE CHLEF
Mohamed est formel au sujet de la condamnation de Zendjabil, dont le dossier aurait bizarrement disparu du parquet de Chlef. Selon lui, Zendjabil a connu Selham dans la villa de l’ex wali d’Oran, Mustapha Kouadri, lorsque celui-ci était en poste à Laghouat. « Kouadri, Pascal et Zendjabil résidaient tous les trois à Chlef. Ils se connaissaient très bien et se voyaient régulièrement. Zendjabil ramenait des véhicules volés de France et les dédouanait à Laghouat. Cela a duré des années. L’arrivée de Kouadri à Oran, vers la fin des années 1990, a été une aubaine pour Zendjabil. Ce dernier s’est vu affecter un domaine de 9000 m2, à Ben Okba, utilisé pour le conditionnement de la drogue. Ce domaine a été par la suite vendu à Pascal, lequel avait une société de transport de voyageurs lui servant de couverture ». Les relations de Zendjabil avec certain magistrat du parquet d’Oran étaient de notoriété. Par exemple, en 1996, un magistrat a vendu son appartement et celui de son épouse à des trafiquants de drogue, dont un a été condamné en France. Ce même magistrat a acheté sa sonptueuse villa à Bouis-ville, auprès de Zendjabil. Des révélations confirmées par un autre proche de Zendjabil que nous appellerons Ali pour des raisons de sécurité. Rencontré à plus d’une centaine de kilomètres d’Oran, dans un endroit isolé, Ali, accompagné de deux gardes armés, nous semble un peu inquiet.
Une organisation basée sur trois réseaux
Il nous explique comment Zendjabil a construit son organisation, basée sur trois réseaux, constitués surtout de gens originaires de Chlef et recrutés notamment parmi les membres de celle de Pascal, devenu vers le début des années 2000, son concurrent sur le terrain. Pascal utilise un certain Abdelkader, dit Largo, de Sidi Al Bachir, pour les transactions avec les fournisseurs de cannabis à Ketama , au Maroc. « Lorsque la marchandise arrive du Maroc, Selham se charge du réseau qui fait passer la drogue de Sebdou, Mechria, Naama, Adrar, jusqu’en Libye. Un certain Abdennour est quant à lui chargé du réseau de l’Algérois. Il a pour mission de faire sortir la marchandise à partir du port d’Alger, avec la complicités de douaniers. Enfin Arab Salah, Ghorfati, puis Salah Kopa qui se sont succédé à la tête du réseau de l’Est assurent l’acheminement de la drogue vers la Tunisie en passant par Sidi Bel Abbes, Mascara, Tiaret, Setif et Tebessa. Pascal est très lié à Abdennour. D’ailleurs il lui a donné une villa située au quartier Oasis de Kouba. Il a également vendu une autre villa à Hydra, à Ghorfati Fethi, où il s’est réfugié après sa fuite spectaculaire du tribunal d’Essenia en 2002. Pascal s’occupe également du réseau Europe, notamment la France, la Belgique et l’Espagne, avec le concours de Lâarbi Larbi, Houari Larbi. Pour transporter la drogue d’Oran à Alger, Zendjabil utilise un jeune surnommé Kamel, marié à une policière… » . En fait, l’évasion de Ghorfati au moment de sa présentation au parquet d’Essenia a été d’une organisation telle que tout le monde a compris qu’il faisait partie d’un gang international aux ramifications internes. Le 22 septembre 2002, au moment où Ghorfati Fethi entamait sa descente du camion cellulaire, il donne un coup à un gendarme, enfourche une moto de grosse cylindrée qui l’attendait à côté et prend la fuite escorté par deux véhicules, vers une destination inconnue. Il sera arrêté à Alger en août 2003. Ghorfati, tout comme Zendjabil était bien introduit dans les cercles les plus restreints du système. A son mariage avec la fille d’un officier du DRS à la retraite, à Constantine, en février 2002, les invités étaient des grosses pointures. Des ministres et de hauts cadres de l’Etat. Ali raconte deux détails surprenants sur Zendjabil. En 1996, il aurait été arrêté au Maroc, sur la base d’un mandat d’arrêt lancé contre lui par Interpol. « Il a simulé un malaise pour être transféré dans un hôpital d’où il a réussi à prendre la fuite, avec la complicité du prince Rachid. En mai 1997, il se serait présenté à la cour d’Oran à la suite d’une condamnation par défaut. En 24 heures celle ci a disparu comme par enchantement », a révélé Ali. Lors de notre entretien, ce dernier a beaucoup insisté sur notre identité et procédé à plusieurs reprises à la vérification de notre carte professionnelle. « Vous savez, personne n’est à l’abri. Malgré le fait qu’il était recherché au niveau national et international, Zendjabil a poursuivi le plus normalement ses activités, en utilisant plusieurs identités. Grâce à ses complices, il a fait disparaître son dossier et ses photos des services des passeports de la wilaya d’Oran. Son adjoint Ghorfati a réussi à se faire délivrer un passeport, une carte d’identité nationale et un permis de conduire par le biais de Pascal, alors qu’il était en prison. Celui-ci connaissait très bien l’ex-wali d’Oran et l’ancien chef de la sûreté de wilaya. Lorsque l’affaire a éclaté au grand jour, c’est un jeune policier du fichier qui a payé à la place de ses responsables. Zendjabil avait l’administration dans sa poche. Ses activités ont connu une hausse considérable entre 1999 et 2003, période où il était recherché par toutes les polices du monde… », a-t-il déclaré. Pour étayer ses propos, il a noté que durant le premier trimestre 2002, Zendjabil a réalisé 41 opérations d’exportation de drogue des ports d’Oran et d’Alger, vers Alicante (en Espagne) et Marseille (France), soit une quantité de 358 quintaux, répartis comme suit : Oran-Alicante 14 voyages avec 119 quintaux, Oran-Marseille, 10 voyages avec 85 quintaux, Alger-Marseille, 17 voyages avec154 quintaux. « La quantité annuelle exportée de l’Algérie vers l’Europe et le Moyen-Orient avoisine les 900 tonnes, ce qui représente un chiffre d’affaires de presque un milliard de dollars… » , a souligné notre interlocuteur. Il a précisé que Zendjabil bénéficiait de facilités déconcertantes au niveau du port d’Oran. « D’ailleurs celui-ci se distinguait des autres enceintes portuaires notamment celle d’Alger, du fait de la facilité avec laquelle la drogue était mise à quai puis exportée sans le moindre problème. Zendjabil bénéficiait de la protection des deux divisionnaires qui se sont succédé à la tête de la sûreté de wilaya d’Oran de 1993 à 2004, mais également de celle que lui accordaient certains responsables des services des douanes… ».
DES RELATIONS DANS TOUS LES ROUAGES DE L’ÉTAT
Un des anciens chauffeurs de Zendjabil, a confirmé les propos de Ali, en donnant des détails surprenants sur les nombreuses opérations d’exportation de la drogue du port d’Oran vers Alicante, à bord du navire grec « Le Poséidon » . « Les transferts ont eu lieu les 5, 18 et 25 mars 2002, puis le 8 avril 2002, les 1er et 23 mai 2002, et le 26 juin de la même année. Pour chaque voyage, la quantité exportée était la même : 8,65 quintaux. Ces opérations ont été quelque peu perturbées à la suite de la saisie par les douanes françaises à Perpignan, lesquelles ( douanes) ont intercepté, le 19 juin 2002, des fourgons frigorifiques. Dans les roues de ces derniers étaient dissimulés les 8,65 quintaux de drogue. Le 26 juin de la même année, les douaniers algériens ont intercepté la même quantité au port d’Oran… ». En outre, et selon plusieurs témoignages de membres du milieu, le port d’Oran servait également à l’importation de cocaïne d’Europe, confirmée d’ailleurs en 2001, à la suite de la découverte par les services des douanes, de traces de cette drogue, dans un camion frigorifique transportant 15 tonnes de beurre, importées et bloquées durant 5 mois par les services vétérinaires. Le scanner effectué le 9 septembre 2001 par un divisionnaire, nouvellement installé à la tête des Douanes, a révélé l’existence de traces de cocaïne dans une cache aménagée de 3 mètres de long et de 35 centimètres de large. Des rapports ont été transmis à la direction générale des douanes, mais deux mois plus tard, le divisionnaire a été mis en prison. Un complot a été monté de toute pièce contre lui, alors que l’importateur n’a pas été inquiété. Sur ce chapitre il est interressant de signaler que l’ex-wali d’Oran a effecté 8 exploitations agricoles communes d’une superficie de 78 ha situées aux Andalouses, à un émigré résidant à Londres, et dont le nom aurait été longtemps mêlé au réseau de trafic de cocaïne. Ce bénéficiaire hors- pair, n’avait même pas d’adresse en Algérie lorsqu’il avait bénéficié de ces domaines. Il louait un appartement à l’année au complexe des Andalouses. Pour revenir au divisionnaire des services des douanes d’Oran, il est important de relever qu’il n’était pas la seule victime des barons de la drogue, puisque d’autres responsables ou agents intègres ayant tenté de faire éclater la vérité au grand jour ont été sévèrement sanctionnés avant et après lui. Parmi ces derniers, un colonel du DRS, qui a pris sur lui de mener une enquête sur le trafic de drogue à Oran. Il s’est vu quelque temps plus tard subir les foudres de sa hiérarchie locale. Il a été carrément mis aux arrêts sur ordre de l’ancien chef de la 2ème région militaire de l’époque. C’est pour dire que les réseaux de trafic de drogue avaient leurs relais dans tous les rouages de l’Etat et à très haut niveau. Zendjabil, ainsi que ses adjoints, Pascal et Ghorfati, n’étaient donc que des instruments entre leurs mains. Ils ont bien su tirer profit de leurs parrains en érigeant un véritable empire financier, blanchis dans le domaine de l’immobilier et du foncier. Leurs biens dans l’Oranie et à Alger ne se comptent plus. Peut-on espérer, un jour, que la justice algérienne prenne en charge ce gros dossier et donner un coup de pied dans la fourmilière, d’autant que la connexion entre cette mafia de la drogue et les groupes terroristes est maintenant solidement avérée

Drogue: De Hadj Bettou à Zendjabil

octobre 17, 2006 à 5:49 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

L’Expression : 17 octobre 2006
Rachid Boutlélis

L’affaire Zendjabil est suivie de près et est gérée par les plus hauts responsables.
Le plus grand baron de la drogue, qui a sévi en Algérie durant presque deux décennies, Ahmed Zendjabil en l’occurrence, semble se confiner dans le mystère en ne révélant qu’au compte-gouttes des informations sur le vaste réseau de trafic de stupéfiants dont il était le cerveau et sans partage, le principal instigateur. Zendjabil aurait exigé des garanties pour révéler les noms des hauts commis de l’Etat et autres hauts gradés des services de sécurité qu’il aurait soudoyés en échange de leur collaboration.Ce narcotrafiquant, qui est à la tête d’une fortune colossale acquise à travers le trafic de drogue et le blanchiment d’argent, a demandé, lors de sa reddition deux mois auparavant, aux services de sécurité de Blida, de bénéficier de la loi sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale en sa qualité de financier des groupes de terroristes.Des chefs terroristes repentis de la région ouest du pays ont même étayé ses aveux en reconnaissant avoir touché d’importantes sommes d’argent pour ouvrir la voie à ses convois de drogue durant la décennie noire. L’argent perçu était utilisé, entre autres, pour l’achat d’armes et de munitions, évidemment, alors qu’une partie était mise de côté par les chefs terroristes pour des besoins strictement personnels. «En effet, jamais les terroristes n’ont attaqué les convois de drogue de Zendjabil, bien qu’ils empruntaient de nuit les axes routiers longeant, à l’époque, les fief du GIA», a confié un élément des services de sécurité, qui a eu à combattre le terrorisme dans les contrées ouest du pays.Avant de renchérir: «Zendjabil avait des accointances avec la majorité des chefs terroristes du GIA, à l’époque. On le soupçonnait même d’avoir rencontré, à plusieurs reprises, l’émir national du GIA, Antar Zouabri. Ce dernier l’aurait sollicité, à chaque fois, pour de gros financements des groupes armés. On le soupçonne également d’avoir trempé dans le trafic d’armes de guerre au profit des terroristes.» Notre interlocuteur a souligné que Zendjabil a eu «à piétiner des cadavres pour atteindre le sommet. Il a du sang sur les mains et il est absolument hors de question qu’il bénéficie de la loi sur la réconciliation nationale. Il le sait, et son attitude laisse deviner ses intentions. Personne n’est dupe».Selon une source crédible, Zendjabil s’inspire, de manière ostentatoire, des dispositions prises, quelques années auparavant, par le plus grand trafiquant d’armes qu’a connu le pays, en l’occurrence Hadj Bettou, qui avait écopé de douze ans de prison ferme. Il a calqué ses activités frauduleuses sur celles de celui qui était à la tête d’une véritable organisation spécialisée dans la contrebande des cigarettes étrangères et autres marchandises prohibées, entre autres, les armes de guerre.Notre source a révélé que les membres du réseau de ce baron de la drogue s’approvisionnaient auprès des narcotrafiquants marocains de la région du Rif, principaux fournisseurs de cannabis. Une grande partie des stupéfiants était convoyée vers le Vieux Continent via l’ouest du pays, où le reste était fourgué. Chaque individu, membre de cet immense réseau de drogue, était assigné à accomplir une tâche très précise et chronométrée à la minute près. La moindre incartade dans ces rouages bien huilés était sévèrement punie par Zendjabil, auquel rien n’échappait.Par contre, les familles de ceux qui tombaient dans les filets des forces de sécurité sont, automatiquement, prises en charge sur ses strictes instructions. «Il était aimé et craint par les individus agissant sous sa coupe», a fait remarquer un enquêteur des services de sécurité. «Il est évident que si son trafic a pu durer aussi longtemps, ce n’est que grâce à certaines complicités de personnes haut placées», a-t-il ajouté.Le nom de Zendjabil a plané sur tous les procès des grosses prises de drogue, traités par les différents tribunaux de la capitale de l’Ouest. Il n’a, cependant, été cité qu’une seule fois dans l’une des affaires de kif traité et condamné par contumace à une peine de prison à perpétuité. Un mandat d’arrêt a été lancé contre lui, et son portrait-robot a été affiché dans les locaux des différents corps de sécurité pour sa capture.Après une longue cavale, l’homme le plus recherché a finalement capitulé et a promis de faire des révélations fracassantes en dénonçant ceux qui ont profité de ses largesses. Nombre d’observateurs ont souligné que Zendjabil ne se serait jamais livré sans avoir conclu un deal pour avoir des garanties. La même source indique encore que, de par son importance, l’affaire Zendjabil est suivie de près et est gérée par les plus hauts responsables.A l’heure où nous mettons sous presse, Zendjabil a donné des noms de grands fournisseurs de drogue au Maroc, chez lesquels il s’est approvisionné, durant presque deux décennies. Les barons marocains de la drogue sont notoirement connus par les services de sécurité du Royaume chérifien et n’ont jamais été inquiétés. Ces narcotrafiquants marocains bénéficient de la protection de hauts gradés des différents corps de sécurité du Royaume. Toujours est-il que le black-out qui entoure la reddition de Zendjabil laisse libre cours à de multiples spéculations. Celui qui a inondé le pays de drogue semble vouloir faire durer le suspense autour de ses activités et de ses complicités, intentionnellement. Le mystère demeure…

Ahmed Zendjabil se met à table.

octobre 17, 2006 à 2:08 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire


Il dénonce ses parrains au Maroc et en Algérie.

El Watan : 16 octobre 2006
Par Salima Tlemçani

Ahmed Zendjabil, ou Chelfaoui (il est natif de Chlef), comme aiment bien l’appeler ses proches, fait trembler le milieu de la pègre oranaise depuis qu’il s’est constitué prisonnier le 3 juillet dernier au siège de la première Région militaire, à Blida, a-t-on appris auprès de sa famille.

En contact permanent avec celle-ci, qui lui rend visite régulièrement, le Pablo Escobar algérien aurait déjà balancé ses nombreux parrains qui se comptent parmi les plus hautes autorités militaires et civiles de l’Oranie, mais aussi ses relais au Maroc, en Belgique, en Espagne et en France. Pour les proches de Zendjabil, ce dernier n’est qu’une victime du cartel d’Oran, qui a sévi tout au long des années noires du terrorisme. Zendjabil aurait, selon ses proches rencontrés à Oran, dénoncé 19 personnalités, avec lesquelles il aurait eu des confrontations tout au long du mois d’août. Pour l’opinion oranaise, Zendjabil a bénéficié de la protection d’officiers supérieurs de la Région militaire, de hauts cadres de la wilaya d’Oran ainsi que des officiers de la sûreté nationale. Son activité a connu un développement fulgurant au point où vers la fin des années 1990, il avait la mainmise sur l’ensemble des réseaux de résine de cannabis marocaine qui approvisionnaient le marché européen, moyen-oriental, et algérien. L’immunité dont il bénéficiait lui a permis d’échapper pendant des années à la justice jusqu’en 1999, date à laquelle un mandat d’arrêt international pour contrebande de drogue a été délivré à son encontre, par le biais d’Interpol. En dépit de ce mandat, il a continué à contrôler ses réseaux et à assurer l’acheminement de la drogue, mais en se faisant de plus en plus discret. Son bras droit, Ghorfati Fethi, un autre baron de l’Oranie, prendra le relais. Mais, malgré les complicités dont il bénéficiait, il a suffi qu’il se réfugie à Alger, après sa fuite organisée du tribunal d’Essenia, pour qu’il soit arrêté par les services de sécurité en 2003. Dès son arrestation, Zendjabil a placé Arabat Ziane Abdelkader, dit Pascal, un de ses proches, pour contrôler la drogue. Mais en 2004, la mutation des responsables locaux militaires et civils vers d’autres régions du pays a quelque peu perturbé l’organisation. Pour de nombreux observateurs, Zendjabil ne se serait jamais rendu si des garanties ne lui avaient pas été données par certains cercles du pouvoir. En tout cas, sa reddition a eu des répercussions au Maroc même, où de hauts responsables de l’armée royale sont tombés parmi eux le général Hamidou Laânigri, directeur général de la sûreté nationale marocaine. Certaines sources ont révélé que l’arrestation de Kharraz, alias Chérif Benlouidane, le Pablo Escobar marocain, a été faite grâce à Zendjabil, son ami intime et son fournisseur de toujours. Le réseau démantelé s’est avéré être une véritable toile d’araignée impliquant d’importantes personnalités militaires et politiques marocaines ayant des relais à l’échelle régionale et internationale. DES pesonnalités impliquées Les personnalités citées ne sont pas des moindres. Abdelaziz Izou, pour ne citer que ce dernier, était le puissant directeur de la sécurité des palais royaux, ancien chef de la police judiciaire et de la préfecture de police de Tanger. Une longue liste, d’officiers de la Gendarmerie, de la police, de l’armée et des forces auxiliaires établie, aurait été révélée par Kherraz, parmi lesquels Akka Ahabbar, lieutenant-colonel de la Gendarmerie royale, commandant de la compagnie maritime de Tanger, Abdelmoula Tétouani, capitaine des forces auxiliaires, responsable des forces de surveillance, Hachimi Farid, commissaire à Tanger et bien d’autres hauts gradés des différents corps de sécurité. Ce coup de balai royal n’est autre que le résultat, selon les proches de Zendjabil, des informations que ce dernier a fournies. Du fait de son importance et ses implications au niveau régional, le dossier Zendjabil est donc géré par les plus hautes autorités du pays et suivi par le Président en personne, lequel aurait informé le roi Mohammed VI. Si du côté marocain, les réactions ont été rapides, en Algérie un silence total entoure cette affaire. Aucune information officielle n’a filtré sur la reddition de Zendjabil, ses révélations ou sa situation juridique actuelle. Tous ses proches ont indiqué que ce baron de la drogue s’est constitué prisonnier après avoir eu des garanties pour bénéficier des dispositions de la charte pour la paix et la réconciliation dans la mesure où il a financé des groupes terroristes. Ce scénario a-t-il été concocté uniquement pour l’amener à se rendre et à le réduire par la suite au silence tant les enjeux et les implications de ses activités sont importants ?

L’affaire Zendjabil se corse !

octobre 8, 2006 à 5:51 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

Algeria-Watch : 8 octobre 2006
Djamaledine Benchenouf

Tout le monde aura remarqué que le site Internet d’El Watan a été déconnecté après la parution d’un article sur l’affaire Zendjabil. Il ne s’agit pas d’un incident technique, mais bel et bien d’une action délibérée d’étouffer cette affaire qui n’a pas encore traitée à sa juste dimension par la presse occidentale et qui est donc encore inconnue de l’opinion de ces pays.
Cette affaire, autrement plus grave et plus compromettante pour « les forces de l’ordre » et de très hauts dignitaires de l’Etat, que l’affaire Khalifa, a totalement échappé à la vigilance des journalistes d’investigation spécialisés dans l’Algérie. Parce que même les plus perspicaces d’entre eux, par un souci, tout professionnel par ailleurs, de ne jamais s’avancer sans preuves tangibles, et par une tournure de l’esprit, tout occidentale et quelque peu angélique, ont toujours refusé de croire, bien qu’ils les aient eux même souvent dénoncés pour des « broutilles », que les généraux pouvaient aller si loin dans l’horreur et le cynisme.
Il faut signaler, pour rendre à César ce qui appartient à César, qu’hormis l’ « Echo d’Oran » qui en a fait état et Algéria Watch qui a fait éclater le scandale, seul le quotidien El Watan, sous la plume de Salima Tlemcani, a traité de cette affaire sous un angle relativement intéressant. Le titre de l’article est d’ailleurs assez inhabituel, en ce sens que les journalistes algériens ne se tirent jamais, ou si peu, dans les pattes. Le titre « Mystérieux silence autour du Pablo Escobar algérien » jette la pierre à une presse habituellement friande de scandales et qui boude totalement l’affaire criminelle, certainement la plus importante depuis l’indépendance du pays, en ce sens qu’elle implique des responsables au plus haut sommet de l’Etat, de l’armée notamment, qu’elle est intimement liée au terrorisme qui a endeuillé des dizaines de milliers de familles et qui a une relation étroite et parfaitement méconnue avec l’approvisionnement de l’Europe en cannabis, par des filières algériennes. Mais l’étonnant dans ce titre accusateur est que El Watan a lui même passé ce scandale sous silence… pendant deux mois.
Le fait est que des milieux non encore identifiés, certainement sécuritaires, peut être même politiques, ont lancé des consignes strictes de ne pas traiter le sujet. Sous le prétexte commode du secret de l’instruction. Il faut bien comprendre que « Consignes » est un euphémisme poli. Pour ne pas dire menaces. Comme cela se pratique depuis que la « presse indépendante » a été créée. Avec, dès le départ, le choix entre la carotte et le bâton. El Watan a donc fini par aborder le sujet, malgré les menaces, ou peut être sur « instruction », comme le sussurent les mauvaises langues, et va jusqu’à évoquer le rôle de responsables sécuritaires : «Certaines indiscrétions font état de près d’une vingtaine de personnalités connues dans cette région, entre officiers supérieurs de l’ANP et de la Sûreté nationale, ainsi que des magistrats et des hauts cadres de l’Etat, qui ont été déjà entendues sur les révélations compromettantes de Zenjabil » et rappelle la connivence entre les services de sécurité de l’Etat et les « terroristes » dans l’acheminement de la drogue. L’article conclut par une chute qui en dit long : « Le silence qui entoure l’enquête, plus de deux mois après sa neutralisation, laisse croire néanmoins que des pressions sont actuellement exercées par des clans du système pour étouffer au plus vite les révélations de Zenjabil, ou à la limite pousser ce dernier à la loi de l’omerta tant les enjeux sont importants et graves.»
Mais malheureusement, car il y a malheureusement un « mais », dans le traitement de l’affaire Zendjabil par « El Watan », est que la journaliste, pourtant considérée comme une initiée très proche de certaines sources sécuritaires d’informations, et qui a certainement une parfaite connaissance de l’affaire, de ses tenants, de ses aboutissants, a totalement occulté le rôle des vrais responsables du trafic du Kif qui transite par l’Algérie pour être acheminé vers l’Europe et dont le volume avoisine les 300 tonnes par an. Lors de sa « reddition », Zendjabil qui a revendiqué le bénéfice des dispositions de « la réconciliation nationale » et qui a déclaré avoir financé le terrorisme pendant des années, a surtout désigné des généraux et de très nombreux officiers supérieurs de l’Armée, dont certains s’étaient distingués dans la lutte contre le « terrorisme », comme ses supérieurs et ses commanditaires. Cela aussi a été passé sous silence par la journaliste. Et c’est cela qui est le plus grave. Parce que ces accusations gravissimes, si elles s’avèrent fondées, et qui sont de toute façon connues de l’opinion algérienne depuis des années, jettent un éclairage sans équivoque sur la tragédie algérienne.
C’est cet aspect là de l’affaire qui a nécessité le black-out de la presse sur l’affaire Zendjabil, puis son traitement par des méthodes subtiles qui pourraient consister à en escamoter la vérité. Celle qui prouverait à travers cette affaire que la junte au pouvoir dans les années 90 a utilisé les services de trafiquants de tout poil pour financer, instrumenter, infiltrer et manipuler les groupes armés islamistes. Si Zendjabil s’est rendu de son propre chef alors que sa fortune considérable aurait pu lui permettre de se fondre dans la nature, c’est qu’il savait qu’un contrat avait été lancé contre lui depuis des mois. Ses confessions pourraient ébranler tous les barons du régime, même ceux qui étaient en dehors de cette dynamique criminelle. Elle pourrait aussi mettre en péril et remettre en cause toute cette mascarade d’auto-amnistie. Elle pourrait aussi réveiller d’autres scandales que le régime s’échine à étouffer, comme celui des crédits bancaires, des fausses domiciliations, de l’assassinat de Boudiaf, de l’économie informelle et d’innombrables autres, qui toutes ont des connections avec la violence qui s’est déchaînée contre les populations et qui finiront, un jour ou l’autre, par se frayer un chemin vers l’opinion. C’est cette issue qui est particulièrement redoutée par le régime. Car jusque là, grâce à une télévision aux ordres, le média le plus accessible à 95% de la population, mais aussi à une presse écrite qui ne s’attaque jamais à l’essentiel, l’opinion n’a pas d’idée précise sur l’ampleur du saccage et du crime de masse qui ont été perpétrés contre le pays.
« Le peuple n’a pas besoin de savoir » comme avait dit Boumediene en son temps, sur des scandales d’une autre nature. C’est cette préoccupation vitale pour eux, qui pourrait amener les clans qui se livrent une guerre de positions à observer une trêve. Le temps d’évacuer le problème Zendjabil qui risquerait de lever le voile. Sur une république de voyous.
Des sources sûres et éprouvées, comme le mentionne El Watan par ailleurs, font état de pressions qui sont exercées sur Zendjabil pour l’amener à revoir sa copie et à revenir sur certaines déclarations compromettantes. En échange du traitement privilégié réservé aux repentis « terroristes ». Jusqu’à ce que la montagne accouche d’une souris, comme nous l’avons déjà dit. A moins que….

Drogue: Mystérieux silence autour du Pablo Escobar algérien

octobre 5, 2006 à 5:47 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

El Watan, 5 octobre 2006
Par Salima Tlemçani

Surnommé par les spécialistes Pablo Escobar, le plus grand baron du trafic de drogue, Ahmed Zenjabil a été arrêté par la brigade de lutte contre le trafic de drogue de la police nationale, il y a plus de deux mois. Certaines sources ont affirmé que l’opération a été menée grâce à la perspicacité des policiers qui étaient sur ses traces depuis des mois, alors que d’autres ont indiqué que Zenjabil se serait rendu sur conseil d’un de ses proches pour bénéficier des dispositions de la charte.
A ce titre, il aurait reconnu avoir financé pendant des années des groupes terroristes avec l’argent de la drogue. Repenti ou arrêté, pour les policiers, cette prise est la plus importante jamais menée dans les rangs des trafiquants de drogue, dans la mesure où elle a permis la décapitation de l’organisation mafieuse que Zenjabil a mise, sur pied depuis près de 25 ans, à travers tout le territoire national, mais également au Niger, au Mali, au Tchad, en Tunisie, en Libye, en Egypte et en Europe, notamment l’Espagne et la France, destination de la résine de cannabis qu’il convoyait du Maroc. En dépit du silence qui a entouré cette prise, celle-ci a provoqué un véritable séisme dans l’Oranie, où le trafiquant compterait le plus de complices parmi les autorités locales civiles et militaires. Certaines indiscrétions font état de près d’une vingtaine de personnalités connues dans cette région, entre officiers supérieurs de l’ANP et de la Sûreté nationale, ainsi que des magistrats et des hauts cadres de l’Etat, qui ont été déjà entendues sur les révélations compromettantes de Zenjabil. Ce dernier, faut-il le rappeler, faisait convoyer des chargements importants de kif du Maroc vers de nombreuses régions du pays, sans être inquiété. Plus grave, au pire moment du terrorisme, sa marchandise était escortée sur ordre de certains responsables des services de sécurité d’une région à une autre et aucun des groupes terroristes qui activaient dans la région Ouest n’a tenté d’attaquer ces convois. Zenjabil a réussi à tisser une véritable toile d’araignée au sein de l’administration locale pour s’assurer de la plus grande protection possible, au point où toute trace de son dossier administratif à la wilaya de Chlef, notamment ses photos, a disparu des archives. Connu pour être le plus important baron de la fin des années 1980, Zenjabil n’a été concerné par un mandat de recherche pour trafic de drogue qu’en…1999. Pour les services de police et de gendarmerie, Zenjabil n’est qu’un spécialiste du faux et du trafic de véhicules, et ce, depuis 1982. Toutes leurs notes de recherche avaient donc trait à cette activité jusqu’à 1999, lorsque le tribunal d’Oran, sur la base d’informations fournies par des pays étrangers, a lancé un mandat d’arrêt pour contrebande internationale de drogue.
Le noyau dur
A cette époque, le trafic de kif avait pris des proportions alarmantes dans toute l’Oranie, jusqu’à Béchar. Les convoyeurs agissaient en toute liberté. Ils ne trouvaient aucun obstacle sur leur route dont la sécurité était préalablement « achetée » non seulement auprès des chefs de groupes terroristes, mais également auprès des responsables chargés de la lutte contre le terrorisme et la drogue, entre autres les gardes frontières, les militaires et les policiers. Agé d’une cinquantaine d’années (né en 1955 à Chlef), Zenjabil a passé plus la moitié de sa vie dans le trafic de documents et de véhicules, créneau qui lui a permis de se lancer, vers la fin des années 1980, dans le trafic de drogue. Le noyau dur de son organisation puissamment armée est constitué des membres de sa famille, au moins une vingtaine, dont une partie est installée à Mechria et en lesquels il a une confiance aveugle. Il a réussi à neutraliser les barons de la drogue qui avaient pignon sur rue à l’époque, pour se placer en maître des lieux, grâce surtout à ses relations privilégiées avec les gardes frontières, douaniers et policiers. L’Algérie, considérée comme une zone de transit pour le kif, marchandise destinée à l’Europe, s’est vite transformée en un pays de consommation où la demande devenait de plus en plus importante.
Gains colossaux
Le trafic de drogue prenait progressivement de l’ampleur et générait des gains colossaux, qui se comptaient, selon des spécialistes, à des centaines de millions de dollars par an. Des gains qui ont ouvert l’appétit à de nombreux responsables militaires et civils de la région, lesquels ne se gênaient même pas pour se bousculer au portillon de Zenjabil à chaque fois qu’il les invitait pour le mariage d’un des membres de sa famille. Grâce à l’empire qu’il a réussi à ériger, Zenjabil a tissé des relations assez particulières avec les services marocains, qui fermaient l’œil sur ses activités illicites et lui ouvraient toutes les portes, lui permettant même de trouver refuge sur le sol du royaume, alors qu’il était recherché en vertu d’un mandat international. En fait, les services du roi savent que l’activité de Zenjabil permet de faire nourrir des milliers de familles du Rif, dont le seul revenu est le trafic du kif. Force est de croire donc que ce baron de la drogue a beaucoup de choses à révéler à l’opinion publique et dont la gravité risque de faire tache d’huile. Ses aveux vont permettre de lever le voile sur la plus grande organisation mafieuse que le pays ait connue et dont la collusion avec le terrorisme, la grande criminalité et la corruption est avérée. Il reste à savoir si les autorités judiciaires vont aller jusqu’au bout pour mettre à nu ces personnalités de l’Etat qui ont servi de relais aux gangs criminels de Zenjabil. Le silence qui entoure l’enquête, plus de deux mois après sa neutralisation, laisse croire néanmoins que des pressions sont actuellement exercées par des clans du système pour étouffer au plus vite les révélations de Zenjabil, ou à la limite pousser ce dernier à la loi de l’omerta tant les enjeux sont importants et graves.

Drogue: L’esbroufe et le brouillard

septembre 28, 2006 à 5:45 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

Algeria-Watch : 28 septembre 2006
Djamaledine Benchenouf

Subitement et comme après un coup de sifflet, à la suite de plusieurs semaines du black out presque total qui a été fait sur l’affaire Zendjabil par la presse algérienne, un scandale sans précédent, plusieurs opérations de la police et de la gendarmerie ont abouti à des saisies estimées d’ «importantes » de kif en provenance du Maroc et à l’arrestation de trafiquants qualifiés de « barons » ainsi que de responsables subalternes des services de sécurité érigés pour la circonstance en « hauts fonctionnaires de l’Etat ». Les informations qui sont distillées sur les prétendus « barons » algériens et sur les lampistes des services de sécurité qu’une certaine presse et certaines officines veulent nous faire passer pour les « cerveaux du trafic », ressemblent plutôt à des canulars et à des grosses couleuvres. Par d’habiles suggestions, la responsabilité d’un trafic dont les revenus s’élèvent à environ un milliard de dollars par an, semble être circonscrite à ces seuls milieux. Le Maroc, comme de bien entendu, devient dans cette affaire la tête de turc idéale. « Ce pays qui empoisonne nos enfants et dont, contrairement à notre pays, tous les rouages de l’Etat sont impliqués. »
A la lecture des journaux francophones qui se sont donc réveillés subitement pour éclairer notre lanterne, je souhaiterais poser quelques questions. Je n’attends pas de réponse, bien évidemment. Puisque les Algériens les connaissent déjà. Je voudrais juste que mes compatriotes sachent que des dirigeants occidentaux savent si bien tourner leurs regards ailleurs pour ne pas gêner leurs amis, et que dans cette affaire se trouve le nœud gordien de la tragédie algérienne. Sans exagération aucune !

Questions :1/ Que représentent les petites quantités qui ont été saisies par les services de sécurité et dont on nous dit qu’elles sont énormes, alors que les quantités introduites tout le long de la frontière entre l’Algérie et le Maroc, avoisinent une tonne par jour, en moyenne ? Ces opérations ne sont elles pas des « délestages » ordonnés par les chefs de réseaux pour dégonfler la tension et détourner les regards ?
2/ Pourquoi n’est il pas précisé, alors que cela ne fait aucun doute et que même les services secrets européens le savent, que plus de 80% des quantités de kif qui sont introduites en Algérie ne font qu’y transiter et prennent la route de l’Europe et dans une moindre mesure de la Libye, la Tunisie et l’Egypte ? Environ 300 tonnes par an.
3/ Pourquoi la presse algérienne dite indépendante n’a t’elle pas réagi, de façon proportionnelle à l’importance de l’affaire, non pas à l’arrestation d’Ahmed Zendjabil, mais à sa « reddition » dans le cadre de la réconciliation nationale ? Zendjabil n’a t il pas déclaré qu’il a joué un rôle éminent dans le financement du terrorisme, qu’il agissait sous le commandement de hauts responsables de l’Armée algérienne et qu’il assurait même une liaison triangulaire entre les services algériens, marocains et les islamistes du GSPC ? Est il possible, sans consignes strictes qu’un scoop aussi énorme puisse être mis en sourdine ?
4/ Qu’est devenue la déposition en pleine audience du tribunal d’Oran du Wali(Préfet) d’Oran, impliquant le général Kamel Abderahmane et d’autres responsables sécuritaires et même des directeurs de journaux dans le trafic du kif et de la cocaïne ? Ce wali n’a t il pas déclaré, entre autres que tous ces ennuis et son incarcération découlent de cette affaire ? Pourquoi n’a t il pas été poursuivi en diffamation pour des déclarations aussi gravissimes si elles ne sont pas avérées. Pourquoi une action publique n’a t’elle pas été déclenchée ?
5/ Ahmed Zendjabil a t il laissé, comme le laissent entendre certaines sources, un testament pour se prémunir d’un éventuel « suicide » et dans lequel il cite nommément des dizaines de très hauts responsables sécuritaires et autres « grands Commis et Serviteurs de l’Etat » et où il décrit dans le détail le rôle que les généraux lui auraient fait jouer dans le financement des groupes islamistes?
6/ Le black-out organisé de main de maître pour étouffer l’affaire et soustraire les principaux responsables de cette immense forfaiture, comme dans l’affaire Khalifa , a t-il pour but de préserver l’image de l’Etat de peur que l’opinion internationale ne découvre que le pays est dirigé par des voyous de la pire espèce, ou plus grave encore, de faire disparaître les preuves irréfutables que le terrorisme exercé contre les populations civiles était orchestré, financé et armé par des généraux de l’Armée algérienne et que les barons du kif, de la contrebande aux frontières, des importations informelles, des fausses domiciliations et autres trafics ne servaient que de courroies de transmission? En plus de les enrichir, bien sûr.
7/ Considérant l’énormité de cette affaire et le faisceau de présomptions, que la presse dans son ensemble minimise avec un soin particulier, ne serait-il pas souhaitable, pour démentir absolument toutes ces « spéculations saugrenues» dont je fais état ici, de désigner, parallèlement à l’instruction menée par la Justice algérienne, dont le Chef de l’Etat lui même a reconnu qu’elle n’était pas indépendante, une commission d’enquête dûment mandatée, mais composée, cette fois ci, de personnalités honorables, connues pour leur opposition au régime? Je sais, je sais….. que je rêve !

Le juge d’Instruction demande des instructions….

septembre 11, 2006 à 5:36 | Publié dans Affaire Zendjabil, drogue | Laisser un commentaire

Algeria-Watch : 11 septembre 2006
Par Djameleddine Benchenouf

Des sources bien informées confirment que des “recommandations” venues de très haut ont été données pour la conduite à tenir dans l’instruction de l’affaire Zendjabil. Les révélations de ce dernier sur l’implication de nombreux commis de l’Etat et de responsables sécuritaires dans le trafic de la drogue et du financement des islamistes armés sont d’une telle gravité que le juge d’instruction qui a été « pressenti » pour ouvrir le dossier a, de lui-même, demandé des instructions. Des responsables de la Police qui auraient déclenché un début d’enquête sans en référer à la DGSN auraient été rappelés à l’ordre et sommés de mettre un terme à leurs investigations.
La presse qui évite à l’évidence de traiter de cette affaire, peut être le plus grand scoop de ces dernières années, semble avoir été invitée à “respecter le secret de l’instruction”. L’écho d’Oran qui avait donné l’information dans son édition du 05 septembre sur les révélations de Zendjabil et sur l’audition de nombreux responsables sécuritaires de haut niveau par des enquêteurs des renseignements généraux, n’est plus revenu sur l’affaire. L’article de ce quotidien avait pourtant eu un succès retentissant dans toute l’Oranie et le journal avait disparu des étals. C’est un cas d’école pour édifier ceux qui n’ont pas d’idée sur la manipulation de la presse: Un quotidien qui donne un scoop, dont les révélations déclenchent une véritable clameur publique et qui, bizarrement, ne revient plus sur le sujet. Sans la moindre explication.
En fait, les confessions de Zendjabil sont un secret de polichinelle! Presque tous les Algériens, particulièrement ceux de l’Ouest du pays, savaient déjà que le trafic du kif, qui avait pris des proportions énormes pendant ces dernières années, était contrôlé par des responsables de l’armée, de la gendarmerie et de la police. Que la frontière avec le Maroc, supposée fermée, était ouverte à tous les vents et que le kif, entre autres produits prohibés ou non, y passait en plein jour. Les trafiquants du genre de Zendjabil à qui l’on prêtait la réputation de parrains n’étaient pourtant que des seconds couteaux. La connivence des trafiquants de drogue avec les islamistes armés, notamment ceux du GSPC étaient notoires. Nous avions, dans un article paru dans le journal Liberté en 2003, puis récemment sur Algeria Watch fait état de la “coopération” entre le GSPC et les services de sécurité et révélé que ces derniers étaient la cheville ouvrière du trafic.
Zendjabil Ahmed, la cinquantaine, fait partie de ces nombreux Algériens qui sont devenus milliardaires du jour au lendemain. Il avait entamé sa carrière en dealant à la petite semaine dans la ville de Chlef dans les années 7O. A la faveur de l’ouverture des frontières avec le Maroc, dans le début des années 80, il devint un important chef de réseau. Il avait découvert la panacée, à l’instar des autres parrains comme Salah Kopa, Bouchouareb, Chenafa, Gherfati et des dizaines d’autres moins connus, que le moyen le plus efficace pour ne pas “tomber” consistait à s’assurer une collaboration avec les gendarmes Garde Frontières (GGF) et les douaniers. Le passage et l’acheminement de la marchandise était assuré dorénavant par “la casquette”. Fini le temps des mulets, des passeurs et des chemins détournés. Le kif était dorénavant convoyé ou escorté par des officiers en tenue. Jusqu’à la fin des années 70, le trafic était destiné principalement à la consommation nationale. Il s’ouvrit petit à petit des routes vers la Libye, grâce surtout aux autocars de la société Salah Kopa dont les soutes à bagages étaient bourrées de kif traité, puis vers l’Europe, par de timides et hasardeuses opérations.
Le Maroc était devenu le premier exportateur mondial de cannabis. La demande de cette drogue par le marché européen était en augmentation croissante, en même temps que son exportation à partir du Maroc devenait de plus en plus difficile, du fait d’une surveillance accrue du trafic portuaire et des livraisons par vedettes rapides(Go fast) par les Européens, par l’Espagne tout particulièrement, puisque c’était par ce pays qu’était introduite la plus grosse partie de cannabis marocain. Les ports algériens, surtout ceux de l’Ouest de ce pays, allaient devenir l’exutoire naturel du trop plein marocain. Le trafic prit progressivement des proportions énormes. Il générait dorénavant des gains qui se comptaient en dizaines, puis en centaines de millions de dollars par an. Cela attisa naturellement l’appétit des officiers supérieurs de l’Armée. La règle d’or en Algérie est que ceux-ci devaient être les premiers à se servir à toutes les tables qui génèrent du profit illégal, comme la grande corruption, les commissions dans les marchés internationaux, les monopoles d’importations et toutes mamelles où ils pouvaient se sustenter sans bouger le petit doigt, en bons parrains d’un régime maffieux qui surpasse en puissance et en efficacité toutes les mafias du monde, puisqu’il dispose de la soumission et de la complicité active des services de sécurité, des magistrats, des politiciens et même des « électeurs ». Même pas besoin, comme la mafia russe de recourir à de gros bras pour s’imposer, puisqu’il suffit, en cas de “dysfonctionnement” de prendre le téléphone et d’appeler le juge, le commissaire, le commandant de groupement de gendarmerie, le directeur de la télévision ou tout autre responsable.
Les responsables sécuritaires commencèrent donc à s’intéresser au trafic. Plus les gains étaient importants, plus les hauts gradés s’impliquaient. Ils ne se contentaient plus de prélever une simple dîme, ils prenaient progressivement en main l’activité, se partageant des territoires, mettant en place des réseaux, s’assurant le concours d’autorités portuaires, ouvrant des routes sécurisées, mettant en place un dispositif de transport, organisant un système de “largage” ponctuel de trafiquants indépendants pour les besoins d’une image de marque d’un Etat qui combattait le fléau de la drogue. Le Kif qui entrait principalement par la région des H’dada, entre Maghnia et Oujda, allait se développer sur un partie importante de la frontière ouest de l’Algérie jusqu’au sud de Bechar, entre cette région et celle du Figuig, au Maroc. Une partie de la marchandise remonte vers Oran pour converger avec la filière des H’dada et prendre la direction de l’Europe, une autre, celle qui alimente le marché local de l’Est, celui de la Libye et au-delà, prend la direction du sud-est, par la filière dite de Naama, mais qui est en fait celle de tout la région et qui est assurée par des dizaines de réseaux. Tous néanmoins doivent allégeance à leurs parrains sécuritaires et au GSPC qui prélève une dîme pour ne pas gêner le trafic.
Au fil des ans, l’activité allait connaître une formidable prospérité. Les quantités globales de kif traité qui étaient introduites en Algérie, allaient passer d’environ 200 kg à plus d’une tonne par jour. En automne, à l’arrivée de la nouvelle récolte, ce chiffre est doublé. Il est difficile d’évaluer de façon sérieuse les quantités de kif qui entrent en Algérie mais des recoupements crédibles permettent de les situer entre 300 et 4OO tonnes par an. Soit environ le dixième de la production totale marocaine. Environ un milliard de dollars de gains. Au Maroc, les profits du trafic du kif profitent plus ou moins à 200 000 familles. En Algérie, la cagnotte va, pour une petite partie, dans la poche de quelques milliers de petits dealers, et en gros, dans celle de quelques dizaines de parrains de pacotille mais surtout dans celle de milliers d’agents de l’Etat, du simple gendarme au Général. Les officiers supérieurs de l’Armée et de la gendarmerie, les plus nombreux au grade de commandants, de lieutenants colonels et de colonels, ont pris la direction des opérations. Certains ont même réussi à introduire et à contrôler totalement le trafic de la cocaïne. Les parrains de façade, comme Zendjabil, qui n’en tirent pas moins des profits immenses, pèsent sur le marché le poids de celui de leurs protecteurs galonnés. Dans le cas de Zendjabil, ils sont les plus nombreux et les plus hauts gradés. L’importance de son réseau lui a fait jouer tout naturellement un rôle important pendant la décennie rouge. Il a servi de courroie de transmission entre des décideurs militaires et des islamistes armés dont le principal objectif était de commettre, sur commande des exactions contre les populations civiles. Zendjabil était chargé par ses protecteurs de financer les réseaux armés et de leur transmettre les instructions. Il assurait même une liaison entre les services secrets marocains qui devaient préserver le territoire marocain d’opérations terroristes et les réseaux du GSPC. Il semble même qu’il ait été utilisé dans des opérations de livraisons d’armes en provenance du Maroc aux islamistes armés.C’est ce rôle là et parce qu’il se savait condamné à la liquidation physique par ses protecteurs qui avaient lancé un contrat contre lui, que Zendjabil s’est rendu et qu’il a revendiqué le bénéfice des dispositions de la loi sur la paix et la réconciliation nationale. La justice algérienne qui auditionne des responsables intermédiaires, comme des magistrats, des commissaires principaux et des officiers subalternes tente désespérément de confiner l’instruction à la seule dimension du trafic de stupéfiants. Zendjabil, qui n’est pas né de la dernière pluie et qui sait que sa vie tient à un fil, a trouvé la méthode idoine. Il a fait savoir, par des canaux divers, que le trafic auquel il se livrait servait à financer le terrorisme et que ce sont des généraux de l’Armée algérienne qui lui ont demandé d’assumer cette mission. Cette affaire est beaucoup plus grave que celle de Abdelmoumen Khalifa. Car il n’y est pas seulement question de crime économique et de manipulations financières frauduleuses. L’affaire Zendjabil, si elle est instruite conformément à la Loi et au principe d’indépendance de la justice, par un juge d’instruction intègre, fera éclater la vérité sur le rôle de la junte dans la tragédie algérienne. L’on verrait alors sous un jour nouveau tous les ressorts qui sous tendent le contrat d’auto-amnistie que les généraux ont passé avec le chef de l’Etat. Ce qui équivaudrait à détricoter l’Etat par le bas et par le haut. Cela prouverait sans plus d’ambiguïté que l’Algérie est dirigée par des trafiquants et des tueurs de masse. Mais l’affaire Zendjabil fait partie de la nomenclature des nombreux scandales qui ne peuvent être traités ni par la presse “indépendante” ni par la justice algérienne autrement que par la désinformation. Donc, la montagne va encore accoucher d’une souris. A n’en pas douter!

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